- Interview de Elisabeth CHEVANNE BRUNEL -

Alors que la saison des féminines ne débutera véritablement qu'à la fin du mois de février en Australie, je vous invite à prendre un peu d'avance et à vous échapper le temps de quelques questions avec Elisabeth Chevanne Brunel. Celle que nous connaissons sous le surnom de "Zabou", et qui bénéficie sans aucun doute du plus grand capital sympathie auprès du public français, revient sur la saison écoulée et nous fait part de ses ambitions pour 2006.

VP - Avec le recul, quel bilan faites-vous de votre saison 2005 ? A t'elle répondue à vos attentes ?

ECB - Avec le recul, il y a eu du bon et du mauvais comme dans toute saison mais ça n'aura pas été la meilleure. J'ai eu pas mal de malchance, deux crevaisons sur la 1ère étape et une autre sur la dernière étape du Tour de Bretagne au moment où se sont faites les décisions. Alors que j'étais 4ème de la Coupe de France après Cholet, je n'ai pu prendre le départ de la 2ème manche clouée au lit toute la journée à cause d'un sale mal au ventre. Je termine tout de même 6ème au général sans la possibilité de jouer ma place pour des points. D'autre part,j'ai eu pas mal de soucis personnels. Mes satisfactions auront été ma 6ème place sur la Grande Boucle et ma 6ème place au Championnat de France de clm à Boulogne sur Mer.


VP
- Indépendamment des résultats, quel est votre meilleur souvenir
cycliste de la saison écoulée ?


ECB - Les éclats de rire avec mes coéquipières.


VP - Quel est votre sentiment sur le retour de la Grande Boucle Féminine, une épreuve sur laquelle vous avez souvent brillé mais où vous avez aussi connu une lourde chute en 2002 ?

ECB - C'est un sentiment de satisfaction malgré qu'elle ne soit pas au niveau international comme avant et qu'elle ne soit que sur 5 jours et non plus sur 15 jours .Ce qui est bien c'est que ce niveau a permis à plus de françaises d'y prendre part et de découvrir cette course qui mérite d'être courue. L'épreuve a eu moins de transferts et nous a permis de mieux récupérer grâce au fait d'avoir organisé l'épreuve sur une partie de la France et non plus sur toute la France. C'est un point très positif.


VP - Malgré un très bon contre-la-montre final à Vaujany, vous n'avez rien pu faire pour déjouer la suprématie des filles d'Univega. Espèriez-vous mieux qu'une 6ème place au général ?

ECB - Il est vrai que battre Univega était très difficile. Même Anita Valen n'a rien pu faire. Elle était trop esseulée. L'étape de cols aura été très difficile et je n'avais pas récupéré de la veille avec les deux
demi-étapes. J'ai commencé à être bien après cette 2ème étape. Il me manquait des courses dans les jambes pour être bien mais c'était un choix pour pouvoir enchaîner avec les courses par étapes suivantes.



VP - Parmi les "stars" étrangères que vous avez cotoyées sur les Coupe du Monde notamment, laquelle vous a fait la meilleure impression ?

ECB - Celle qui m'a le plus impressionnée dans l'année 2005 est Karin Thurig par sa puissance développée. Elle pourrait battre de nombreux gars nationaux sur des clm.
J'ai été pas mal impressionnée par Oenone Wood pour sa régularité toute la saison après tout ce qu'elle a pu enchaîner comme compétition. Je pense qu'elle se connait très bien et qu'elle se gère avec une grande intelligence au niveau de l'entraînement.



VP - Après dix années passées au plus haut niveau, comment jugez-vous l'évolution de votre sport ?

ECB - Les autres pays européens ont bien évolués avec de belles structures et un bon encadrement qui leur ont permis de courir toutes les grandes compétitions et donc d'évoluer au plus haut niveau et ainsi progresser. La France elle s'est endormie sur ses lauriers et n'a pas vraiment aidé les structures qui ont essayées de se mettre en place afin de pouvoir disputer de plus grandes courses. On commence à aller mieux mais la France a pris du retard.


VP - Sur un plan plus personnel, dans quel domaine pensez-vous avoir le plus progréssé par rapport à vos qualités premières ?

ECB - Je pense avoir progressé dans le domaine du clm même si je ne serai jamais une très grande rouleuse. L'autre domaine où j'ai bien progressé est ma façon de courir, la façon de me protéger.


VP - Parmi vos nombreuses victoires, quelle est celle qui vous a apporté la plus grande joie ? Inversement, quel est le titre qui vous manque le plus ?

ECB - Parmi mes victoires, celle de Championne du Monde Juniors restera le plus beau titre acquis tout comme celui de Championne d'Europe. Quand on atteint son objectif, c'est l'explosion de joie, la récompense d'un travail préparé avec toutes les exigences demandées. J'ai réalisé bien après ces exploits ce que je venais de faire. Le titre qui me manque le plus et qui pourrait être réalisable est celui de Championne de France. Je n'ai jamais atteint ce titre mais j'ai obtenu des places de 2ème, 3ème, 4ème, etc...


VP - En 2006 vous repartez pour de nouvelles aventures avec les Pruneaux d'Agen dont vous êtes l'emblème et le fer de lance depuis trois ans. Qu'est ce qui fait que vous êtes si bien dans cette équipe ?

ECB - Je suis bien dans cette équipe car c'est un partenaire qui nous fait confiance comme je leur fais confiance. J'ai donc envie d'apporter quelque chose de plus tous les ans à cette équipe afin qu'elle puisse perdurer de nombreuses années encore pour les jeunes qui arrivent. Il y règne une bonne ambiance entre les filles et ça c'est important. Nous devons montrer une bonne image des Pruneaux toute l'année.


VP - N'avez-vous pas été tentée malgré tout, à l'image de Magali Le Floch qui courra pour T-Mobile, de mettre votre talent et votre expèrience au service d'une structure professionnelle étrangère ?

ECB - Oui, j'aurai pu partir en Italie mais c'était un risque. Je préfèrai rester en France avec une équipe où je me sente bien portant une bonne image et pouvant apporter plus au cyclisme féminin français.

VP - On annonce par ailleurs cette année la création de nouveaux groupes sportifs féminins français. Pensez-vous que cela permettra de "booster" le niveau global du cyclisme féminin national et d'augmenter sa reconnaissance par les médias ?

ECB - Je l'espère mais ce n'est pas gagné. Nous aurons plus d'équipes ce qui est bien mais les médias doivent aussi jouer le jeu. Normalement, il y aura une équipe de tournage sur toutes les Coupes de France. J'espère que les images prises passeront bien sur une de nos chaînes et n'iront pas aux archives sans être vues. Nous avons besoin de ça pour que le cyclisme féminin français perdure car s'il n'y pas de retour médiatique , il n'y aura plus de sponsors du tout.


VP - Parmi les talentueuses jeunes athlètes françaises qui marchent sur vos traces, laquelle a, selon vous, le plus grand potentiel pour briller sur le plan international ?

ECB - Marina Jaunâtre a un très beau potentiel pour faire une belle et longue carrière à condition qu'elle n'arrête pas trop tôt. Karine Gautard a aussi beaucoup de classe et n'hésite pas à attaquer même au niveau international ce qui montre sa force de caractère.


VP - Où en êtes-vous de votre préparation hivernale et sur quelle course pensez-vous faire votre rentrée en 2006 ?

ECB - J'ai essayé de concilier au mieux mon travail à plein temps à l'Agence France Telecom et l'entraînement. Je n'ai pas encore mon meilleur niveau mais je me sens déjà bien physiquement. Je ferai ma rentrée le 18/02/2006 et 19/02/2006 sur des courses sur route autour de Perpignan avec les juniors garçons où toute l'équipe des Pruneaux sera engagée.


VP - Quels seront vos principaux objectifs cette saison ?

ECB - Mes objectifs seront de faire de belles places en Coupe du Monde, faire un excellent Tour de l'Aude, une très belle Route de France, un podium au Championnat de France et obtenir ma sélection aux Championnats du Monde à Salzbourg et y terminer ma carrière en beauté. Et surtout me faire plaisir toute cette saison.

VP - On le sait le cyclisme est un sport qui fait voyager. Quel endroit, parmi ceux qu'ils vous a fait découvrir, vous a le plus marquée ?

ECB - Je dirai l'Australie pour son côté majestueux, son paysage et sa nature. C'est aussi de là bas que j'ai ramené mon plus beau titre et ça restera un de mes plus beaux souvenirs pour tout ce qui s'est passé avant et après. J'ai eu la chance d'y retourner en 1999 grâce à mon fan club et Mr Petit mon président qui m'avait payé le billet à moi et à Carine Peter pour participer aux épreuves de Coupe du Monde de début de saison et à des courses pour s'y préparer. Nous avons logé à Sydney et Canberra. Nous en avons bien profité. Ce sont de superbes souvenirs.


VP - En dehors du vélo, quels sont vos centres d'interêts ? Avez-vous une passion particulière ?


ECB - Oui, j'adore la randonnée en montagne que je pratique avec mon ami Nicolas dès que la saison se termine dans les Pyrénées. Nous avons réussi à atteindre plusieurs 3000m. J'adore aussi le ski alpin et ski de fond. Hélas je n'ai pas pu y aller cette hiver. On ne peut pas tout faire. En plus calme, ,j'aime lire et regarder des bons films pour me détendre.


VP - Corrigez moi si je me trompe mais il me semble que vous n'avez pas actuellement de site internet. Envisagez-vous d'en créér un prochainement ?

ECB - J'en ai eu un mais nous avons arrêté car il n'était pas remis à jour systématiquement. Il faut du temps et je ne suis pas assez calée en informatique pour en créer un moi-même.


VP - Pour conclure cet entretien de manière originale, je vous propose d'intervenir librement sur un sujet que nous n'avons pas abordé et qui vous tient à coeur : Allez-y c'est à vous !

ECB - Je tiens tout d'abord à vous remercier pour cet entretien, à remercier Mr Petit, mon Président de Fan club pour l'aide qu'il m'a apporté tout au long de ma carrière et que ne remercierai jamais assez, Mr Calmette et les Pruneaux d'Agen et tous les sponsors qui soutiennent cette équipe dans laquelle je suis, mon encadrement, mes coéquipières à qui je souhaite une superbe saison 2006. Merci aussi à tous les gens qui me soutiennent ou qui m'ont soutenu à un moment donné de ma carrière que ce soit financièrement ou en toute amitié. Je n'oublierai pas aussi de remercier mon nouveau club le CRCL Limousin qui m'a accueilli chaleureusement parmi eux. Et pour terminer merci à mon ami Nicolas qui me supporte tous les jours en bien ou en mal.


Merci à vous, Elisabeth, pour vos réponses à nos questions.

Propos recueillis par mail en février 2006.