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Interview de Fabien BACQUET -
Engagé
l'automne dernier par l'équipe hollandaise Skil-Shimano,
le picard Fabien Bacquet vient de faire ses premiers
tours de roue chez les professionnels sur le récent
Tour du Qatar. A 21 ans Fabien rêve de Paris-Roubaix
et du maillot vert du Tour de France mais il sait aussi
que le chemin vers les sommets passe par un nécéssaire
apprentissage et qu'il convient de ne pas brûler
les étapes. Rencontre avec un garçon qui
a visiblement la tête sur les épaules et
met tous les atouts de son côté pour progresser
et se faire une place dans le cercle fermé des
solides routiers-sprinteurs.

VP
- Revenons sur votre actualité récente
et plus particulièrement sur votre première
apparition dans les rangs professionnels sur le Tour
du Qatar. Quel effet cela fait de débuter sur
une course aux conditions climatiques si particulières
dans un contexte de dépaysement garanti ?
FB
- Les conditions climatiques étaient celles d'une
belle journée de printemps chez nous, par contre,
c'est vrai que tout l'environnement de la course était
particulier. Je pense surtout à l'hébergement.
Nous étions logés au Ritz-Carlton de Doha.
C'est certainement la seule course pro en 5 étoiles.
Du grand luxe.
VP
- Sur
le plan sportif, on se souvient notamment que vous avez
chuté sans trop de gravité dans la 3ème
étape avant que d'obtenir une prometteuse 13ème
place lors du dernier sprint de l'épreuve. Quels
bilan faites-vous de cette première course et
quels enseignements en tirez-vous pour le futur de votre
carrière ?
FB
- Avant le départ
du prologue j'étais dans le doute. Je n'avais
aucun repère. J'avais peur de sauter dès
les premiers kilomètres et d'être éliminé.
Mais ça s'est bien passé d'autant plus
qu'un prologue de 6 km convient très bien à
un sprinter. Les étapes suivantes, plates, me
convenaient également très bien. Sur ce
Tour du Qatar j'ai ma place dans le peloton. A voir
sur d'autres types de courses.
VP - A cette occasion vous avez cotoyé pour
la première fois les ténors du sprint
mondial que sont Tom Boonen et Alessandro Petacchi.
J'imagine que simplement pédaler à leurs
côtés constitue une première récompense
aux efforts conssentis pour parvenir à ce niveau
?
FB
- C'est une première
récompense bien sûr et c'est même
impressionnant. Mais ce n'est pas le but. Le but est
de pédaler à leur côté....dans
les 50 derniers mètres.
VP - Vous aurez 21 ans le 28 de ce mois et vous venez
donc de passer pro au sein de l'équipe continentale
hollandaise Skil-Shimano après plusieurs années
de formation au CC Nogent. Pouvez-vous nous en dire
plus sur le déroulement du transfert et les raisons
de ce choix ?
FB
- J'étais suivi
par une Pro-Tour dont la politique n'est pas d'engager
des jeunes pour les former. Les Pro-Tour ont besoin
de résultats immédiats. Mais le DS de
cette Pro-Tour sachant que Skil-Shimano voulait recruter
des français, dont un sprinteur, a parlé
pour moi. De mon côté je visais ce type
d'équipe (minimum une Continentale Pro) car le
CC Nogent où je pouvais être le sprinteur
maison, donc protégé, ne me semble pas
inférieur à une Continentale.
VP - Après un premier stage de préparation
en janvier, vous vous apprêtez à retourner
à Majorque avec l'ensemble de l'équipe
pour une deuxième cession (ndlr - le stage s'est
terminé le 22 février) qui s'annonce plus
intensive. Quels seront cette année les ambitions
de l'équipe et quels objectifs vous fixez-vous
à titre personnel ?
FB
- L'ambition de l'équipe
est de pouvoir être invitée le plus possible
à de grandes courses (Pro-Tour). Pour cela il
faut se faire remarquer rapidement (on a fini 4ème
par équipes au Qatar). Pour moi quelques places
dans les 10 premiers avec en vue le classement du meilleur
jeune me conviendraient très bien.
VP - Les stages ont aussi la vertu de tisser des
liens entre les coureurs et d'insuffler un esprit
de groupe. Comme se passe votre acclimation et celle
des deux autres néo-pros français, Clément
L'Hottelerie et David Deroo au sein d'un collectif
où l'on dénombre cinq nationalités
différentes ?
FB
- Je crois que vous oubliez
les 3 chinois. Néerlandais, belges, allemands,
français, japonais ... et Chinois (les JO de
Pékin c'est bientôt). Je ne parlerai
pas pour Clément et David, d'autant plus que
Clément n'était ni à Majorque
ni au Qatar. De mon côté je crois avoir
été bien intégré, par
les coureurs et par le staff.
VP - Parmi vos camarades se trouvent notamment
les très expérimentés Art Vierhouten
et Marteen Den Bakker. J'imagine que vous allez mettre
à profit les précieux conseils qu'ils
ne manqueront pas de vous prodiguer ?
FB
- Bien sûr, à
l'entrainement et en course. Leurs conseils et leur
aide pour préparer les sprints. J'ai une anecdote
à leur sujet : Au Qatar je trainais en queue
de peloton les jambes lourdes. Mais quand ces deux
anciens sont venus me chercher pour me remonter en
tête du peloton pour préparer le sprint
tout de suite je me suis senti mieux.
VP - Le sprint est votre spécialité
et sur votre site web vous annoncez la couleur : Le
vert ! Celui bien sur du maillot du classement par
points du Tour de France. Quels atouts pensez-vous
devoir développer pour que ce rêve devienne
un jour réalité ?
FB
- Ma stature fait de
moi un sprinteur. Je passe bien les bosses, mais les
cols c'est une autre histoire. Alors le rêve
pour moi ne peut être qu'en vert. L'expérience
a montré que sur les courses par étapes
mes meilleurs résultats étaient obtenus
au fur et à mesure des étapes. Alors
pourquoi ne pas rêver. Mon rêve de passer
pro s'est bien réalisé .
VP - En plus du maillot vert du Tour, quelle est
la course qui vous fait rêver et pourquoi ?
FB
- Sans hésitation
Paris-Roubaix. Je passe bien les pavés. Cette
année (2006) j'étais dans les 6 de tête
de la course Espoirs lorsque j'ai cassé ma
cale de chaussure en évitant une chute devant
moi. C'est aussi une course que je vais voir passer
tous les ans près de chez moi. Alors oui ça
fait rêver.
VP - Avez-vous un modèle parmi les sprinteurs
du peloton actuel ? Je pense notamment à Jimmy
Casper qui est picard comme vous.
FB -
Plutôt Zabel . Peut être
à cause de ses maillots verts.
VP
- Pour revenir à votre site web, je remarque
qu'il est très complet, à jour, et que
vous accordez une grande place à la communication
et à l'interactivité. Est-ce à
dire que la nouvelle génération de coureurs
a définitivement intégré Internet
comme vecteur essentiel de promotion contrairement
à l'ancienne ?
FB
- D'abord à la
décharge des anciens, Internet c'est récent.
C'est lors de ma 1ère année au CC Nogent
(2005) que le problème s'est posé. Jusque
là mes résultats paraissaient dans les
journaux locaux puisque je courais dans ma région.
Et là plus de nouvelles, personne ne savait
où je courais ni quels étaient mes résultats.
D'où l'idée de mon webmaster de faire
non seulement un site Internet, mais surtout un bulletin
d'information envoyé par E.mail à mes
proches bien sûr mais surtout aux journaux locaux
qui depuis se font l'écho de mes aventures.
VP - Passer pro c'est aussi faire le bilan de ses
années d'apprentissage dans les rangs amateurs.
Quels sont sur ce plan vos meileurs souvenirs et à
l'inverse, gardez-vous quelques regrets ?
FB
- Non, non. Il est un
peu tôt pour avoir des regrets. Les bons souvenirs
ce sont bien sûr les victoires, ma 1ère
en Elite 2 par exemple sur Dijon-Auxonne-Dijon ou
encore mon titre de champion de Picardie junior. Et
aussi le « Welcome to the team » prononcé
par le manageur de Skil à l''automne dernier
qui m'ouvrait les portes du monde pro.
VP - Comment êtes-vous venu au vélo
et quelles ont été les raisons qui vous
ont poussées à en faire votre métier
?
FB
- Petit je faisais du
judo et du foot. En judo mon envie de gagner même
à l'entrainement m'a amené à
blesser mes copains, même plus grand. Et c'est
la même envie de gagner qui m'a fait quitter
le foot, je ne supportais pas d'être bon et
de perdre ou d'être mauvais et de gagner. Comme
j'avais commencé le vélo amené
là par mon père qui a fait une très
honnête carrière amateur sprinteur
lui aussi j''ai choisi l'option vélo
plus en conformité avec mon caractère.
Et la passion fait le reste avec cette envie de savoir
ce que je vaux ou ferai au plus haut niveau.
VP - Pratiquez vous la piste et le cyclo-cross
?
FB
- Pas de compétition
hivernale. Mais une coupure pour recharger les batteries
puis reprise progressive. C'est sur la préparation
d'hiver que se joue la saison.
VP
- Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ? Où
habitez-vous et quels sont vos centres d'interêt
en dehors du vélo ?
FB
- J'ai 21 ans bientôt.
Fils unique. Célibataire. Un bac science raté
parce que je préférais faire une sortie
d'entrainement plutôt qu'une révision.
J'habite toujours chez mes parents à Bichancourt
dans l'Aisne (Picardie,nord-est de la France). Et
j'avoue que je suis très vélo-vélo.
Et Internet pour consulter tous les résultats
et MSN pour rester en contact avec tous mes anciens
équipiers. J'ai profité de la coupure
hivernale fin 2005 pour passer un brevet d'état
cyclisme. La coupure de fin 2006 a été
consacrée à résoudre les problèmes
administratifs consécutifs à mon embauche
par une société étrangère.
Et maintenant des leçons d'anglais pour mieux
m'intégrer encore au sein ce cette équipe
internationale.
VP - Pour conclure cet entretien de manière
originale, je vous propose d'intervenir librement
sur un sujet que nous n'avons pas abordé et
qui vous tient à coeur : Allez-y c'est à
vous !
FB
- Cela concerne la sécurité
sur la route. Beaucoup trop d'automobilistes confondent
«code de la route » avec «loi du
plus fort ». Même si c'est une minorité
.Mais le danger est permanent.
Merci
à vous, Fabien, pour vos réponses à
nos questions.
Propos
recueillis par mail en février 2007.
Toutes
les photos © site
officiel Fabien Bacquet
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